Développer un produit, c’est l’écrire sous la forme d’une somme qui lui est égale, en effectuant les multiplications. Développer et réduire, c’est ensuite écrire cette somme avec le moins de termes possible.
En clair : développer, c’est faire disparaître les parenthèses d’un produit en distribuant ; l’expression garde exactement la même valeur, seule son écriture change.
2.1 · DISTRIBUTIVITÉ SIMPLE
Distributivité simple (acquis de 4e : à réactiver)
PROPRIÉTÉ · DISTRIBUTIVITÉ SIMPLE
Pour tous nombres réels k,a,b:
k(a+b)=ka+kb et k(a−b)=ka−kb.
Comme la multiplication est commutative, on peut aussi distribuer par la droite :
(a+b)k=ak+bk et (a−b)k=ak−bk.
On lit k(a+b)«k facteur de a plus b», et ka«ka», c’est-à-dire le produit k×a. En clair : multiplier une somme par k, c’est multiplier chacun de ses termes par k.
EXEMPLE
−3x(4−5x)=−3x×4+(−3x)×(−5x)=−12x+15x2. Attention aux signes : (−3x)×(−5x)=+15x2.
2(4x+3)−(5−x)=8x+6−5+x=9x+1. Le signe − devant la parenthèse est un facteur −1: c’est l’opposé de l’expression.
Deux termes sont semblables lorsqu’ils ont exactement la même partie littérale : 5x2 et −2x2 (partie littérale x2),3x et x (partie littérale x),4 et −9 (aucune lettre). Le nombre qui multiplie la partie littérale est le coefficient du terme : dans −2x2, le coefficient est −2; dans x, il vaut 1. Réduire une somme, c’est regrouper ses termes semblables pour l’écrire avec le moins de termes possible ; on l’ordonne ensuite : les termes en x2, puis en x, puis le nombre.
En clair : réduire, ce n’est ni développer ni factoriser ; c’est ranger les x2 avec les x2, les x avec les x et les nombres avec les nombres, jamais les uns avec les autres.
Pourquoi n’additionne-t-on que les coefficients ?
Outil de démonstration : la distributivité simple, lue de droite à gauche.
6x−4x=6×x−4×x=(6−4)×x=2x: c’est la distributivité par la droite, ak−bk=(a−b)k, avec k=x. La partie littérale commune sort comme un facteur, et seuls les coefficients se calculent. Deux termes qui ne sont pas semblables ne se regroupent pas en un seul terme : pour x=1,3x2+2x vaut 5, ce qui ferait penser à 5x ou à 5x2; mais pour x=2,3x2+2x vaut 16, alors que 5x=10 et 5x2=20.■
Pour s’entraîner, en fin de partie : modèle L3, « Réduire une expression ».
2.2 · DOUBLE DISTRIBUTIVITÉ
Double distributivité
PROPRIÉTÉ · DOUBLE DISTRIBUTIVITÉ
Pour tous nombres réels a,b,c,d:
(a+b)(c+d)=ac+ad+bc+bd.
Chaque terme du premier facteur multiplie chaque terme du second : quatre produits.
On lit (a+b)(c+d)«a plus b, facteur de c plus d». En clair : on distribue a sur c et sur d, puis b sur c et sur d; les deux produits croisés ad et bc sont ceux que l’on oublie le plus souvent.
POURQUOI · LECTURE GÉOMÉTRIQUE DE LA DOUBLE DISTRIBUTIVITÉ (POUR DES LONGUEURS POSITIVES)
Outil de démonstration : double comptage d’une aire (une même surface calculée de deux façons), valable pour des longueurs positives.
On considère un rectangle de longueur a+b et de largeur c+d. En le partageant aux distances a et c, on obtient quatre rectangles (figure ci-dessous).
L’aire du grand rectangle vaut (a+b)(c+d). La somme des aires des quatre morceaux vaut ac+ad+bc+bd, donc
(a+b)(c+d)=ac+ad+bc+bd.
Figure 7.
Quatre rectangles, quatre produits
Le rectangle de longueur a+b et de largeur c+d, partagé aux distances a et c. Les produits croisés ad et bc sont en orange. Les curseurs changent les longueurs ; l’échelle s’ajuste pour que le rectangle remplisse le cadre, les proportions restent exactes.
Cette figure explique les quatre produits et interdit d’oublier les deux produits croisés. Comme les dimensions d’un rectangle sont positives, elle ne traite que ce cas ; la démonstration algébrique suivante établit l’identité pour tous les réels. ■
POURQUOI · DÉMONSTRATION DE LA DOUBLE DISTRIBUTIVITÉ (L’ASTUCE k=a+b)
Outil de démonstration : preuve directe par un bloc baptisé k, à partir d’une propriété déjà connue.
Figure 8.
Le bloc k, distribué puis redistribué
L’idée
L’idée
On veut démontrer que (a+b)(c+d)=ac+ad+bc+bd, en n’utilisant que la distributivité simple, déjà connue.
L’idée : on regarde (a+b) comme un seul nombre, que l’on baptise k.
Étape 1
On pose k=a+b. Alors :
(a+b)(c+d)=k(c+d)
=kc+kd
(distributivité simple, k distribué sur c+d).
Étape 2
On remplace k par sa valeur a+b, et on redistribue :
kc=(a+b)c=ac+bc et kd=(a+b)d=ad+bd
(distributivité simple, deux fois).
Étape 3
En recollant :
(a+b)(c+d)
=ac+bc+ad+bd
=ac+ad+bc+bd.
Dans la dernière égalité, on a seulement permuté les deux termes centraux : l’addition est commutative. La double distributivité se déduit ainsi de trois applications de la distributivité simple, puis d’une permutation des termes d’une somme. Donc, pour tous nombres réels a,b,c et d,(a+b)(c+d)=ac+ad+bc+bd.■
Le déroulé avance avec la lecture ou avec « Étape suivante ». Le bloc k=a+b reste d’un seul tenant à l’étape 1 ; il s’ouvre à l’étape 2 et chaque morceau se redistribue ; à l’étape 3, les deux termes centraux échangent leurs places.
Pour s’entraîner, en fin de partie : modèle D1, « Développer et réduire avec la distributivité ».
PROPRIÉTÉ · SOUSTRAIRE UN PRODUIT
Soustraire une expression, c’est ajouter son opposé : A−B=A+(−B). Pour soustraire un produit, on écrit donc son développement entre parenthèses, puis on supprime ces parenthèses en changeant le signe de chacun de ses termes (partie 1, opposé d’une expression) :
x2−(x+1)(x+2)
=x2−(x2+2x+x+2)
=x2−x2−2x−x−2
=−3x−2.
En clair : le signe − placé devant un produit porte sur tout son développement, et pas seulement sur son premier terme.
ATTENTION · UNE LIGNE D’ÉGALITÉ DOIT RESTER UNE ÉGALITÉ
Écrire (2x+3)(x−4)=2x2−8x+3x−12=2x2−5x−12 est légitime parce que chaque étape remplace une expression par une expression de même valeur. En revanche, on n’écrit jamais dans une même chaîne une consigne, un calcul et son résultat comme s’ils étaient égaux. Chaque signe «=» affirme que les deux membres ont la même valeur.
▲ LES ERREURS CLASSIQUES DU DÉVELOPPEMENT
Oublier les produits croisés : (x+2)(x+5)=x2+10 n’est pas une identité : pour x=1,(1+2)×(1+5)=18 mais 12+10=11, et 18=11. Le développement correct est x2+7x+10.
Perdre un signe : dans (x−4)(3x+2), le −4 multiplie les deux termes de la seconde parenthèse. Pourquoi l’erreur est fréquente : on lit «4» et on oublie que le signe fait partie du terme.
Distribuer un − à moitié : soustraire un groupe revient à ajouter son opposé, A−B=A+(−1)B. Ainsi 2(4x+3)−(5−x)=8x+6−5+x, et non 8x+6−5−x: le facteur −1 change le signe de chaque terme du groupe.
POUR S’ENTRAÎNER
Méthodes et exercices
Les modèles de rédaction, les exercices d’application et les questions flash de cette partie, dans l’ordre du cours.
2.1 · Distributivité simple (acquis de 4e : à réactiver)
MODÈLE L3
Réduire une expression
À résoudre
Réduire : a) 7x+4−3x−8; b) 2x2−5x+x2+8x−1.
Les étapes
La copie s’écrit question par question, a) puis b), avec les mêmes trois étapes. Sur la figure, chaque famille de termes semblables a sa couleur : les termes en x2, les termes en x, les nombres.
Sur la copie
a)① Les termes semblables sont 7x et −3x, puis 4 et −8.
②7x+4−3x−8=(7−3)x+(4−8)je regroupe les termes semblables
③7x+4−3x−8=4x−4j’additionne les coefficients
b)① Les termes semblables sont 2x2 et x2, puis −5x et 8x ; le nombre −1 est seul.
②2x2−5x+x2+8x−1=(2+1)x2+(−5+8)x−1je regroupe les termes semblables
③2x2−5x+x2+8x−1=3x2+3x−1j’additionne les coefficients
Écrire tous les produits : chaque terme d’un facteur multiplie chaque terme de l’autre, k(a+b)=ka+kb (deux produits) et (a+b)(c+d)=ac+ad+bc+bd (quatre produits) ; un terme négatif s’écrit entre parenthèses.
Calculer chaque produit avec son signe ; garder entre parenthèses le développement d’un produit précédé d’un signe −, puis supprimer ces parenthèses en changeant le signe de chacun de ses termes.
Réduire : regrouper les termes en x2, les termes en x, les constantes, et ordonner.
Contrôler avec x=1: l’expression de départ et le résultat doivent avoir la même valeur.
À résoudre
Développer et réduire : a) (2x+3)(x−4); b) 5(3x−2).
Lire la rédaction complète
Sur la copie
a)①(2x+3)(x−4)=2x×x+2x×(−4)+3×x+3×(−4)
②(2x+3)(x−4)=2x2−8x+3x−12je calcule chaque produit
③(2x+3)(x−4)=2x2−5x−12je regroupe les termes semblables
④ Contrôle (x=1):5×(−3)=−15 et 2−5−12=−15. ✓
b)①5(3x−2)=5×3x+5×(−2)
②5(3x−2)=15x−10je calcule chaque produit
④ Contrôle (x=1):5×1=5 et 15−10=5. ✓
MODÈLE D1
Suite : soustraire un produit
Les étapes
Les étapes du modèle D1. À l’étape ②, le développement d’un produit précédé d’un signe − reste entre parenthèses ; la ligne suivante supprime ces parenthèses en changeant le signe de chacun de ses termes. Un signe − seul devant une parenthèse est le facteur −1: on écrit directement −(4−x)=−4+x.
À résoudre
Développer et réduire 2x(x+5)−(x−3)(x+4).
Lire la rédaction complète
Sur la copie
2x(x+5)−(x−3)(x+4)
①=2x×x+2x×5−(x×x+x×4+(−3)×x+(−3)×4)
②=2x2+10x−(x2+4x−3x−12)je calcule chaque produit
②=2x2+10x−x2−4x+3x+12le signe − change le signe de chaque terme de la parenthèse
③=x2+9x+12je regroupe les termes semblables
④ Contrôle (x=1):2×6−(−2)×5=22 et 1+9+12=22. ✓
Au TD : exercices 1.2 a), 1.3, 1.4, 3.6 a) et 6.1 c) (modèle D1) ; exercice 1.5 : reprendre la démonstration de la double distributivité (rédaction : modèle J1, section 5.2)
À TOI
À toi de compléter : (3x−2)(4x+5)
L’étape critique est la ligne des signes. Complète les cases, puis vérifie tes réponses :
Voir les réponses
Réponses : (−2) et (−2);12x2+15x−8x−10=12x2+7x−10; pour x=1,(3−2)×(4+5)=9 et 12+7−10=9.
Questions flash (sans aide)
Cherche sans aide, puis ouvre la réponse pour te corriger.
01Développer et réduire (x+4)(x+2).
Voir la réponse
x2+6x+8
02Développer et réduire (3x−1)(x+5).
Voir la réponse
3x2+14x−5
03Développer et réduire 2(3x−4)−(5−x).
Voir la réponse
6x−8−5+x=7x−13.
Au TD, les exercices cités dans cette partie, avec leur corrigé : 1.2, 1.3, 1.4, 1.5, 3.6, 6.1.